Inde, les luttes armées. Un livre de Michel Pousse

Voilà un livre qui s’adresse à un public bien ciblé, pour ne pas dire une niche : les francophones passionnés par l’histoire indienne contemporaine. Et probablement les universitaires et les étudiants qui planchent sur le sujet sans pour autant vouer un culte déraisonnable à ce pays fascinant.

Michel Pousse, maître de conférence à l’Université de la Réunion et spécialiste de l’Inde coloniale et moderne, nous propose une rétrospective assez singulière :

les principales luttes armées qui ont secoué l’Inde entre 1900 et 2021. Les luttes pour l’indépendance avant la « libération » de 1947 et les luttes pour… l’indépendance ou l’autonomie après cette date.

Les combats et les revendications se ressemblent, avant comme après. Seul l’ennemi change. Les Anglais dans la première partie du siècle, le pouvoir central de Delhi dans la seconde.

Comme j’aime à le dire dans certains contextes de décolonisation : « Le serf a eu beau chasser son maître européen, l’effet de liberté fut de courte durée, car c’est son frère qui a pris le relais. »

Car nul ignore que l’Inde abrite en son sein des milliers de communautés, d’ethnies, de langues et de religions différentes. Uniformiser et regrouper tout ce beau monde dans une seule et même entité ne peut que s’opérer à coup de lathis (matraques). Les larmes et le sang pour les récalcitrants…

Bref, revenons-en à notre livre.

Si je devais en extraire trois axes/idées seulement, ce serait celles-ci :

L’histoire est écrite par les vainqueurs

Les héros de l’indépendance que le monde et l’histoire ont retenu se comptent sur les doigts d’une main. Gandhi et sa non-violence, Nehru, Jinnah (le fondateur du Pakistan) et toute la clique du Congrès.

Pour autant, et c’est une piste plus que suggérée par Michel Pousse, l’histoire est écrite par les vainqueurs. Et ces vainqueurs (le parti du Congrès et leurs alliés, Gandhi n’ayant pas fait long feu après l’indépendance) se sont bien gardés de rendre justice à ceux qui ont réellement fait vaciller le Raj britannique. Ceux qui sont probablement les « vrais » indépendantistes, les vrais héros. Ceux qui ont fait basculer le cours de l’histoire. Ceux qui se sont sacrifiés. Malheureusement pour eux, les reportages et les films n’en font presque jamais mention. Ce livre leur est en partie dédié.

L’esprit de sacrifice

– La seconde réflexion porte sur le sacrifice personnel. Pour une cause plus grande, plus noble que sa propre vie. Tous ces révolutionnaires ou presque savaient qu’ils allaient finir pendus au bout d’une corde ou exilés à vie dans un bagne de Mandalay ou d’Andaman. Et pourtant, ils sont passés à l’acte. Cette race d’hommes existe-t-elle encore dans notre monde moderne, individualiste et égocentré ? Je ne sais pas… L’abondance et le confort annihilent les idéaux, probablement. Mais les temps changent…

Aux armes, frères bourgeois !

– Dernière idée, une évidence historique en fin de compte : toutes les révolutions ont été initiées par les bourgeois (ou les hautes castes dans le cas de l’Inde). Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il faut disposer d’assez de temps libre pour ne serait-ce que songer au soulèvement. Le paysan, l’intouchable ou l’ouvrier a, disons-le clairement, autre chose à foutre. Comme penser à bouffer ou à ne pas se faire dévorer par un tigre. Seul le « oisif » – l’étudiant ou l’héritier – peut se permettre financièrement et intellectuellement de cogiter sur la condition humaine.

De ce constat découle deux problématiques :

d’une part, le privilégié est complètement déconnecté de la réalité des gens qu’il prétend défendre. (Ça ne vous rappelle rien ?) Le brahmane de Mumbai ou Calcutta qui a fait ses études à Oxford ou Cambridge ne connaît rien du quotidien de l’agriculteur sikh du Penjab. Comment pourrait-il ainsi le mobiliser et le sensibiliser à sa cause sans que le plan ne capote ?

D’une autre – et on l’a vu dans le cas de la révolution française, cubaine ou bolchevique – une fois que ces « bourgeois » ont réussi leur coup et renversé l’oppresseur, ils finissent toujours par se muer en tyrans. Bah oui, le scénario se répète : nos braves révolutionnaires seraient prêts à mourir pour que les privilèges soient abolis. Mais pas les leurs… Faut pas déconner non plus. L’histoire comme le serpent se mord toujours la queue en bout de course. Une nouvelle caste d’oppresseurs remplace la précédente et c’est reparti jusqu’au prochain tour.

Voilà, je vais m’arrêter là avant de vous pondre un livre à mon tour.

Si comme moi l’Inde et son histoire vous passionnent, je vous encourage à lire le livre de Michel Pousse, « Inde, les luttes armées – 1900 – 2021. » Publié chez L’Harmattan.

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