Peut-on voyager seule en Inde quand on est une femme ?

C’est une question que l’on m’a souvent posée à mon retour d’Inde et d’Asie, en 2018. Car oui, le sous-continent indien souffre d’une mauvaise réputation sur bien des aspects :

Sa pauvreté extrême et endémique, les inégalités de castes, la pollution, la promiscuité, la dangerosité des routes et des transports et… la place de la femme dans la société.

(Presque) toujours couverte, assignée à rester à la maison, elle ne doit pas se promener seule excepté pour aller faire les courses ou travailler. D’ailleurs, c’est ce qui frappe l’étranger, notamment dans les grandes villes comme Jaipur, Delhi ou Mumbai : dans la rue et les cafés, ne se promènent et ne flânent (quasiment) que des hommes.

Et puis, nous avons tous eu vent de ces sordides affaires de viols collectifs, perpétrés parfois en toute impunité aussi bien dans des villages reculés qu’en plein centre-ville. Les choses évoluent, mais longtemps, la femme violée ne disposait d’aucun recours policier ou judiciaire pour faire condamner ses agresseurs.

Oui, le frotti-frotta et les mains baladeuses sont des phénomènes courants en Inde. On le réalise dès le premier jour, en prenant les transports en commun : dans le métro comme dans le train, il y a des wagons réservés aux femmes, strictement interdits aux hommes. Cela en dit long sur la condition féminine.

Après ce que je viens de vous dire, vous avez déjà votre réponse, me diriez-vous.

Pas vraiment…

D’une part, parce qu’en dépit de certains comportements nuisibles, l’Inde demeure dans sa globalité un pays sécurisé et sûr. Les agressions et les vols à l’arraché y sont plutôt marginaux.

D’une autre, parce que le touriste, l’étranger, échappe généralement aux dangers inhérents à l’Inde, comme les conflits inter-religieux, les règlements de compte inter-castes, les pogroms, les viols punitifs et autres joyeuses pratiques ancestrales. Il y échappe parce qu’il ne fait pas partie de ce monde. Tout simplement.

Toutefois, il ne faut pas faire n’importe quoi, que l’on soit une femme ou un homme, d’ailleurs. Mais encore plus quand on est une femme. Car les conséquences en cas d’imprudence ne sont pas les mêmes, vous le savez. Un homme, dans le pire des cas, se fera dépouiller et casser la gueule. Pour une femme, ce sera le même tarif, le viol en plus…

L’idée, c’est de (tenter de) comprendre les mœurs indiennes et de s’y plier. Pour ne pas se faire remarquer, attiser la colère ou attirer les gens mal attentionnés.

Il va s’agir aussi de ne pas dramatiser ou se sentir agressé pour des choses somme toute assez banales en Inde. Dans cette région du globe, il faut le savoir, les gens – et principalement les hommes – sont très curieux, parfois sans-gêne (selon nos principes). Il y a du monde partout dans les villes, donc oui, les corps de frôlent, se touchent et se bousculent. Impossible d’y échapper. Les gens veulent vous prendre en photo, parce que vous êtes blanc ou noir, que vous n’êtes pas comme eux. Ils vous observent sans s’en cacher, que vous soyez un homme ou une femme. Ils vous posent plein de questions indiscrètes, vous abordent dans la rue…

Aussi, il faut réaliser autre chose : la frustration masculine est très forte en Inde et sur l’ensemble du sous-continent. (J’en parle dans mon livre, Aller simple pour la liberté, pour celles qui voudraient approfondir le sujet).

Pourquoi ? Pour un tas de raisons : séparation des sexes, interdiction des rapports hors mariages, interdiction de fricoter avec une personne hors de sa caste et de sa religion, déficit de femmes dû aux infanticides ciblés, promiscuité et pauvreté qui empêchent l’intimité amoureuse… etc.

Du coup, les hommes sont assez tendus sur la question, si vous voyez ce que je veux dire. La femme est difficilement accessible, elle est une inconnue. L’homme devient alors maladroit, intimidé, lourdaud. Comme en France, me diront certaines ! Oui, mais à un cran nettement supérieur.

En tant que femme étrangère, vous allez aussi détoner du paysage, vous faire remarquer, même sans le vouloir. Car pour la majorité des Indiens, je vous le disais plus haut, une femme n’a pas à se promener toute seule dans la rue. Et encore moins à voyager ou à se prendre un verre dans un bar. Et ça, vous allez nécessairement le faire si vous partez seule en Inde. Vous serez donc perçue comme un OVNI, qui plus est si vous êtes grande et/ou blonde. Le jackpot pour attirer l’attention en Inde !

Ainsi, si le contexte que je viens de vous conter vous pose un problème majeur, n’allez pas en Inde. Vous risqueriez de devenir folle et de vous sentir menacée en permanence.

Mais si, au contraire, vous en avez vu d’autres, alors continuons. Continuons avec une liste de 6 comportements à adopter durant votre (futur) voyage en Inde. En les suivant à la lettre, vous limiterez fortement le risque de vous mettre en danger.

  1. Bannir les shorts, les épaules nues, les jupes, les maillots deux pièces à la plage et bien entendu, le string et le topless. Robe longue et pantalons sont de rigueur, même si vous avez chaud. En Inde, les femmes portent des saris, des voiles ou des burqas. (Avec bien sûr quelques exceptions dans les milieux aisés et parfois occidentalisés des métropoles, mais ne vous y référez pas. Ces gens ne sont pas la norme.)Les Indiens se baignent habillés, avec des t-shirts, des pantalons et des voiles. Même sur les plages de Goa, les plus touristiques du pays. Suivez donc les codes, dénudez-vous au minimum. Une attitude inhabituelle pourrait être mal interprétée.
  1. Éviter les villages reculés ou les campagnes sans être accompagnée. À l’écart des villes, les mœurs diffèrent encore. Et parfois, il n’y a pas un flic à des kilomètres à la ronde. Et s’il y en a un, il n’est pas rare qu’il ferme les yeux sur certaines pratiques douteuses.
  1. Privilégier les chauffeurs Uber ou Grab au détriment des taxis de rue ou taxis conventionnels. Vous ne pouvez jamais être sûr à 100%, mais au moins, avec ce type d’application, vous laissez des traces. On sait avec qui vous êtes montée, à quelle heure et où. De plus, et quel que soit le type de taxi ou de tuk-tuk dans lequel vous grimpez, négociez toujours le prix de la course dès le début. Cela vous évitera de vous faire arnaquer. Et surtout, cela réduira les chances qu’une tentative d’arnaque dérape vers une embrouille, puis autre chose de plus grave…
  1. Ne pas regarder les hommes dans les yeux. Cela peut être interprété comme du désir ou l’envie d’aller plus loin. Les Indiennes ne regardent pas les hommes qu’elles ne connaissent pas. Faites comme elles.
  1. Éviter de se promener seule la nuit tombée. Surtout si vous ne connaissez pas la ville ou le quartier dans lequel vous avez atterri. Et bien entendu, ne vous mettez pas une mine dans un bar si vous devez rentrer seule ensuite… Mais c’est aussi valable pour les hommes !
  1. Privilégier le Sud de l’Inde au détriment du Nord de l’Inde, si c’est votre première visite du sous-continent. Globalement, le Sud est plus détendu que le Nord, l’agressivité et les tensions y sont moindres. Exemple : visitez le Kerala plutôt que le Rajasthan, Mumbai à la place de Delhi… De plus, le Sud est moins caniculaire et pollué que le Nord. (Je ne parle évidemment pas des régions himalayennes de l’extrême nord).
  1. La société indienne fonctionne d’une certaine façon. Que cela vous plaise ou non, vous indigne ou non, ne cherchez pas à la remettre en cause, à la froisser ou à la juger sur place. Elle vous broierait sur le champ.
  1. La société indienne fonctionne d’une certaine façon. Mais VOUS ne faites pas partie de cette société. Vos petits dérapages, s’ils sont involontaires, ne vous seront pas reprochés. Soyez donc respectueux des mœurs, mais inutile d’en faire trop. (Il n’est pas nécessaire de revêtir un sari ou de manger avec vos mains parce que votre voisin de cantine le fait.) On ne vous demande pas de devenir Indien non plus !

P.S : si vous voulez en savoir plus sur l’Inde et l’Asie du Sud-Est, lisez Aller simple pour la liberté. Un livre dans lequel je raconte mon road-trip de 8 mois à travers l’Asie, seul et en sac à dos.

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